Vox-pop : Quel est, selon vous, le problème du système de santé actuel et pourquoi ?

Chers lecteurs,

Je travaille présentement sur un projet de rapport visant à identifier un problème fondamental puis à proposer une solution à ce problème. J’ai déjà un bon début de travail de fait, mais je me suis dit qu’avoir les opinions d’autres personnes sur le sujet pourrait être intéressant et instructif.

Donc, qu’est-ce qui vous tracasse dans le système de santé québécois actuel ? Si vous avez des idées sur ce qui pourrait être la solution miracle, n’hésitez pas à la partager dans les commentaires !

Je vous tiendrai au courant de l’évolution de mon travail au plus tard en décembre 2011.

Merci !

Les services sociaux, une solution pour la santé publique ?

Je vous copie l’essentiel d’un travail fait dans le cadre d’un cours suivi à l’Université de Montréal. Il s’agit d’un retour bref sur ce qu’est le système de santé et offre une piste de solution pour le développement futur. Le tout est très condensé du à l’espace restreint dont je disposait pour énoncer ma position. J’espère que vous réussirez néanmoins à tirer quelque profit de cette réflexion !

Les médias et la population semblent s’entendre sur le fait que le système de santé actuel souffre de problèmes importants tels l’accessibilité des services, les délais d’attente et les coûts. Ces difficultés ne semblent pas être près de se régler à moyen terme principalement compte tenu de la situation économique et démographique de notre société. Afin d’identifier une solution à cette situation, il convient de deux choses. Premièrement, regarder ce qui a contribué à bâtir le système de santé actuel, deuxièmement, à la lumière du passé et de ce qui se passe dans des sociétés comparables, identifier quelles sont les pistes de solution pour améliorer son état en suggérant quelle devrait être la prochaine étape de son développement.

Le système de santé tel qu’on le connaît aujourd’hui a prit naissance dans la période de 1940 à 1960 suite aux progrès majeurs apportés à la médecine par la découverte des antibiotiques, des anesthésiants et des vaccins. Ces nouveaux outils ont laissés croire que la médecine scientifique aurait la capacité de soigner tout les maux et d’éradiquer toutes les maladies. Durant la même période, un changement de paradigme c’est opéré au niveau de la vision de la santé passant d’une vision de santé individuelle à une vision de santé populationnelle. Dans cette vison, l’État, qui avait auparavant la responsabilité de l’hygiène publique et de supervision générale, se retrouve avec un rôle beaucoup plus interventionniste au niveau de la santé. Il prends alors la responsabilité des hôpitaux, des cliniques et prends en charge l’administration des soins avec une approche globale. Le pouvoir exercé par l’État dans ce contexte touchant directement à la vie est appelé par Foucault le bio-pouvoir.

Suivant ce mouvement, les années 1960 et 1970 voient l’institutionnalisation de la santé où l’État prends en charge ce qui était jusqu’alors la responsabilité du clergé ou de l’élite. On peut se permettre de faire le rapprochement direct entre ces évènements et leur contexte social soit avec la laïcisation où l’on rejette l’institution Catholique et aussi l’ère industrielle où l’on cherche à trouver les mécanismes de tout ce qui nous entoure et à les contrôler, particulièrement dans le domaine de la santé. Les années 80 avec son ralentissement économique a obligé l’état à réévaluer sa position et a rationaliser la vision de santé pour tous pour la réduire à une expression plus viable en cherchant à réduire les coûts toujours croissant de la santé. De plus, bien que les découvertes continuent, elles ne permettent pas de réduire les écarts dans la santé publique de manière significative. Cette réalisation mène à une tentative de réduction de l’appareil de l’État et une délégation des pouvoirs. S’en suit une série de réformes sur la forme sans qu’il y ait de réels changements dans l’approche de soins qui reste encore axée vers la prestation des soins.

Ce qui nous mène à la dernière décennie où on commence à se rendre compte de l’impact important de l’environnement social sur la santé de la population. On voit alors un lien direct entre l’amélioration de la santé publique et les dépenses en services sociaux pour l’ensemble des pays industrialisés. Relation qu’on ne voit pas lorsqu’on compare les dépenses en santé avec la santé de la population.

Il importe donc d’apporter un changement de paradigme dans notre manière d’investir en santé publique si on cherche à ête efficient. Soit utiliser une approche holistique où l’on inclut le milieu et les habitudes de vie dans la stratégie gestion de la santé publique. On transforme alors la notion de biopouvoir en une notion de sociopouvoir où l’État s’assure de l’efficacité et de la santé de sa population en influant non seulement sur les services médicaux mais de manière importante sur les services sociaux. La santé devient donc un enjeux global et se découpe en trois axes. La santé physique, mentale et sociale. Cette dernière est très peu prise en charge d’un point de vue de santé publique si ce n’est par les CHSLD et les CLSC qui offrent des services communautaires bien que ceux-ci soient toujours axée sur un aspect clinique. À la lumière de la recherche et du chemin parcouru, on peut soutenir qu’en instituant des politiques sociales plus fortes on arrivera à cibler les facteurs de risques fondamentaux de la santé publique.

En investissant dans l’axe social l’État sera en mesure de bâtir sur les bases solides qu’ont fournies la médecine scientifique et psychiatriques et développer un support servant à fournir un milieu de vie et à encourager des habitudes de vie bénéfiques pour l’ensemble de la population. Ce faisant l’État s’assure d’avoir une population en meilleure santé et à ce que son investissement ait un réel impact sur la santé publique de la population.

La santé, c’est différent ?

Au Québec, les médias nous informent souvent des ratées du système de santé, de comment les coûts sont dépassés dans le projet du dossier de santé du Québec (DSQ). En tant qu’observateur, j’ai souvent aussi eu ce genre de discours. C’est en partie en voyant ce que l’analyse d’affaires fait dans le contexte bancaire et autre que j’ai décidé de m’investir dans le domaine de la santé. La puissance des technologies de l’information dans ce domaine, si elles peuvent apporter une telle puissance dans autant de secteurs d’activités, devrait pouvoir faire des miracles dans le domaine de la santé s’ils y étaient appliqués. J’ai souvent promu cette thèse, j’y crois encore, mais je dois lui apporter un bémol.

Note : les réflexions ci-dessous sont directement inspirées avec permission du blogue de John D. Halamka que je recommande chaudement : http://geekdoctor.blogspot.com/

Pour plusieurs raisons, le secteur de la santé est différent de tous les autres secteurs d’activité.

1.       Le financement est différent : Dans notre système public, le client est rarement celui qui paie directement. Le médecin est donc payé, peu importe la satisfaction du client par le gouvernement. C’est très différent des concessionnaires automobiles qui reçoivent leur argent directement des clients qu’ils doivent séduire et qui vivent dans un libre marché.

2.       La négociation se fait différemment : Les médecins sont payés à l’acte et, dans le système public, le patient à plus ou moins le choix à moins de décider de payer de sa propre poche en clinique privée au Québec ou ailleurs.

3.       Les employés sont embauchés et formés différemment : Les médecins sont plus des travailleurs autonomes que des employés des hôpitaux. Quelle entreprise bâtit des locaux pour qu’ils soient utilisés par d’autres personnes sans vraiment avoir de contrôle sur leur formation, leurs méthodes de travail et leur rémunération ? Si un hôpital a besoin d’un chirurgien X, il en engage un et c’est lui qui gère sa manière de fonctionner.

4.       L’utilisation de standards : Comme on le voit avec le DSQ, chaque hôpital utilise des manières de fonctionner un peu différentes avec des formulaires différents et des logiciels qui ne sont pas toujours interopérables. De plus, d’un point de vue clinique, un patient est toujours unique. Un protocole peut fournir des grandes lignes sur comment soigner tel problème, mais différents paramètres propres au patient, au médecin, aux antécédents, aux équipements sur place rendent difficile la standardisation des opérations.

5.       Choisir le client : Dans la plupart des entreprises le commerçant choisi avec qui faire des affaires. En santé, quand un patient arrive à l’urgence, on le soigne, un point c’est tout.

6.       Les normes : Il n’y a pas beaucoup de domaines où il y a autant de normes à respecter tant au niveau clinique qu’administratif

7.       L’expertise du domaine : Le vocabulaire, la science et les habiletés physiques nécessaires pour pratiquer en médecine sont très complexes comparativement aux autres professions. Par exemple un chirurgien peut compter jusqu’à trente années d’études pour commencer à pratiquer.

8.      Il n’y a pas de deuxièmes chances : On ne peut pas rembourser un coeur ou un mort.

9.       La spécialisation : Un chirurgien esthétique ne peut remplacer un neurochirurgien. Si la demande dans un domaine baisse, on ne peut pas simplement réaffecter les ressources.

Il y a certainement d’autres exemples. Certains autres sont dans l’article anglophone, mais je ne suis pas certain qu’ils s’appliquent au Québec.

Une chose est certaine, la santé est un domaine extrêmement complexe qui nécessite une approche particulière. Il peut tout de même bénéficier des avantages apportés par des services comme l’intelligence d’affaires ou l’analyse prédictive. Il est clair que l’accessibilité universelle des données doit se faire (comme le DSQ tente de le faire), mais les barrières à l’entrée sont immenses sans compter que la culture d’entreprise n’est pas toujours très ouverte au changement.

Lors du prochain billet j’essaierai de trouver un exemple concret où un projet a su surmonter un ou plusieurs de ces défis pour arriver à un résultat concluant.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 60 followers